La capsule temporelle de la pharmacie parisienne

Une pharmacienne parisienne m'a appelé un jour pour m'expliquer qu'elle devait réaliser des travaux dans sa cave, mais que celle-ci était remplie d'anciens matériels et de flacons de pharmacie anciens, et qu'elle voulait savoir si je pouvais venir voir si certains objets pouvaient m'intéresser.

J'ai ainsi eu la chance de pouvoir visiter un lieu où le temps s'était en partie arrêté, en explorant ces anciennes caves d’une vieille pharmacie parisienne qui, de 1900 à 1950 ou 1960, a fait office de laboratoire d’analyses médicales et de lieu de préparations magistrales pour le pharmacien.

Les caves en enfilade

Vue d'une des caves

Certains coins n'ont pas du tout bougés

Les étagères sont sur tous les murs

Avec l’évolution de la médecine et l'arrivée progressive des médicaments industriels en boîtes, la pharmacie a peu à peu abandonné les préparations sur place pour vendre des produits déjà réalisés ailleurs. Le laboratoire in situ s'est ainsi éteint, mais ses étagères sont curieusement restées figées. Par la suite, les pharmaciens successifs ont simplement utilisé le centre de ces caves pour y entreposer divers objets, laissant les murs et les étagères d'origine intacts !

Toute l'histoire de la pharmacopée du début du XXe siècle s'est ainsi offerte à nous, intacte et silencieuse.

Mélange des époques

Sur les étagères, la mémoire en flacons

Sur les étagères de bois patiné, les flacons et les pots d'apothicaire étaient restés exactement là où on les avait posés il y a plusieurs décennies. Rien n'avait bougé, hormis l'épaisse couche de poussière noire qui cachait parfois la couleur des flacons. Poudres, sels, onguents et teintures mères semblaient attendre le retour du préparateur.

Flacons bien rangés

Ils côtoyaient ainsi des flacons plus singuliers, comme ce flacon de poudre de coca glissé au milieu d'anciens flacons de poison ou autres produits toxiques et dangereux. Car, oui, la cocaïne rentrait dans la composition de plusieurs remèdes au début du XXe siècle! Bien sûr, la pharmacienne était avec nous pour se charger de la collecte puis de l'élimination de ces produits dangereux.

Un flacon pas comme les autres, encore plein mais plus pour longtemps, la pharmacienne y veille

Ces étagères surplombaient encore les paillasses d'époque, fidèles postes de travail où s'activaient les pharmaciens d'autrefois, il y en a même une qui était encore surmontée de sa lampe à gaz!

une lampe à gaz toujours fixée au-dessus dune paillasse!

Trois caves en enfilade et des tiroirs de secrets

Au détour d’une étagère, on découvre un ancien évier émaillé portant les stigmates des manipulations chimiques d'antan, ainsi que des tiroirs compartimentés en bois regorgeant encore d’étiquettes pharmaceutiques vierges, de petits outils et de notices jaunies.

Tiroir compartimenté pour étiquettes

Car oui, les anciens beaux meubles de rangement en bois avaient été démontés à une époque, mais le pharmacien avait conservé une grande partie des tiroirs de ces meubles ! Avec leur contenu... au cas où, j'imagine.

Des étagères encore et toujours

Sauver ces objets, c'est leur offrir une seconde vie dans notre cabinet de curiosités à Montmartre. C'est permettre à ces témoins d'un art de guérir disparu de continuer à raconter leur histoire, posés sur vos propres étagères, chargés de décennies de mystère et de savoir-faire.